Pourquoi un impôt plancher plutôt qu'un retour de l'ISF ?
L'idée d'un impôt minimum de 2 % sur les très grands patrimoines change la logique fiscale française. Analyse de ce que cela implique en pratique.
Quand on parle de « taxer les milliardaires », deux logiques s'affrontent. Celle de l'ISF — un impôt additionnel, qui s'ajoute à l'existant. Et celle proposée par Gabriel Zucman — un impôt plancher, qui ne se déclenche que si le total déjà payé est inférieur à un seuil. La différence semble technique. Elle est en réalité politique.
Un impôt additionnel mesure le patrimoine
L'ISF, comme l'IFI aujourd'hui, posait une question simple : quelle part de votre patrimoine devez-vous, chaque année, à la collectivité ? Ce raisonnement a une cohérence fiscale forte, mais une faiblesse politique : il se cumule avec l'impôt sur le revenu, l'impôt sur les sociétés, les prélèvements sociaux. La perception, à tort ou à raison, est celle d'une « double imposition ».
Un impôt plancher mesure une lacune
La taxe Zucman pose une question différente : est-ce que ce contribuable a payé sa juste part ? Tant que le total est supérieur à 2 % du patrimoine, rien n'est dû. C'est seulement en-dessous de ce seuil que la taxe s'enclenche, pour combler l'écart.
Cette logique change tout :
- Elle rend visible une réalité documentée — les très grands patrimoines paient, en moyenne, moins de 0,5 % de leur fortune chaque année, contre 4 à 6 % pour la classe moyenne.
- Elle évite l'argument de la double imposition : on ne paie que si on payait moins que tout le monde.
- Elle fixe un repère : 2 % devient le socle minimal, pas un impôt en plus.
Conséquences pratiques
- Le rendement attendu (15 à 25 Md€ selon les paramètres) est moins fonction du taux nominal que de l'écart actuel entre la situation observée et le plancher.
- L'évitement par optimisation devient plus difficile : déplacer du revenu vers du patrimoine, ou inversement, ne réduit pas la facture.
- Le débat se déplace du « combien » vers le « quoi compter dans le total déjà payé » — d'où l'importance de l'assiette retenue dans le texte final.
La mesure a été rejetée lors de l'examen du budget 2026 — voir le récapitulatif du parcours parlementaire — mais cette distinction entre impôt additionnel et impôt plancher reste le cœur du débat, qui se rejouera dans les mêmes termes au PLF 2027.
Pour creuser le détail des arguments pour et contre, voir la page débat.
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